{"id":2365,"date":"2019-02-20T06:53:36","date_gmt":"2019-02-20T05:53:36","guid":{"rendered":"https:\/\/leyaouanc.fr\/wordpress\/?p=2365"},"modified":"2019-02-20T06:53:36","modified_gmt":"2019-02-20T05:53:36","slug":"karl-six-feet-under","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leyaouanc.fr\/wordpress\/index.php\/2019\/02\/20\/karl-six-feet-under\/","title":{"rendered":"KARL SIX FEET UNDER"},"content":{"rendered":"<div data-blogger-escaped-style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il connaissait tout le monde et tout le monde semblait l\u2019aimer, on pouvait suivre son catogan comme la queue d\u2019un chat de goutti\u00e8re, et d&rsquo;ailleurs, Choupette en \u00e9tait jalouse. Il \u00e9tait la rencontre des gestes couture et des mots de Voltaire, entre photographie et po\u00e9sie de Wolfgang B\u00e4chler. Passant d&rsquo;une langue \u00e0 une autre avec une dext\u00e9rit\u00e9 sans \u00e9gale, il pouvait\u00a0 marquer ses distances en un mot bien acerbe.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\" data-blogger-escaped-style=\"text-align: justify;\">\n<p>Un homme qui marchait dans sa t\u00eate et qui fait partie de ces personnages qui laissent une trace ind\u00e9l\u00e9bile dans l&rsquo;histoire, un artiste aussi fragile que g\u00e9n\u00e9reux. Homme de c\u0153ur, il a aid\u00e9 l&rsquo;homme de cour, de Bascher, jusqu&rsquo;\u00e0 la fin. Sa d\u00e9marche assur\u00e9e symbolisait sa vision vers un monde meilleur, le buste l\u00e9g\u00e8rement inclin\u00e9, les bras ballants en position du balancier comme pour sentir le monde qui l&rsquo;entoure, le regard droit point\u00e9 vers l&rsquo;horizon pour scruter le futur.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\" data-blogger-escaped-style=\"text-align: justify;\">\n<p>Un fou est un homme qui voit un ab\u00eeme et y tombe, me dit-il, apr\u00e8s cela, le savant qui l\u2019entend tomber, prend sa toise, mesure la distance, fait un escalier, descend, remonte et se frotte les mains en d\u00e9clarant : \u00ab\u00a0Cet ab\u00eeme a dix-huit cent deux pieds de profondeur\u00a0\u00bb. Moi, je serai toujours entre la toise du savant et le vertige du fou. Il faut de l\u2019intr\u00e9pidit\u00e9 pour rester entre ces deux asymptotes, me dit Karl, qui comprend que je ne connais pas ce dernier mot et, qui avec une extr\u00eame \u00e9l\u00e9gance, m&rsquo;en donne sa signification de fa\u00e7on si habile que j&rsquo;ai pens\u00e9 l&rsquo;avoir toujours connu.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\" data-blogger-escaped-style=\"text-align: justify;\">\n<p>Cet homme a l&rsquo;allure d&rsquo;un dandy et, cependant il \u00e9tait autre chose qu\u2019un exc\u00e8s de coquetterie ou d\u2019\u00e9l\u00e9gance, on peut m\u00eame consid\u00e9rer qu\u2019il est la quintessence de la sophistication, puisqu&rsquo;il a choisi de concentrer tout son \u00eatre dans la forme qu\u2019il cr\u00e9e lui-m\u00eame et qu\u2019il donne \u00e0 voir au monde. Par son double souci d\u2019\u00e9talage de lui-m\u00eame et de l&rsquo;\u00e9laboration ma\u00eetris\u00e9e de son apparence, il incarne par son corps et ses v\u00eatements la synth\u00e8se pour parler de lui.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\" data-blogger-escaped-style=\"text-align: justify;\">\n<p>Le travail est la meilleure des r\u00e9gularit\u00e9s et la pire des intermittences citant Victor Hugo, lui, le b\u00fbcheur inv\u00e9t\u00e9r\u00e9, le stakhanoviste de la couture remettait sans cesse sur le m\u00e9tier. Je vais vous raconter une histoire, celle du jour o\u00f9 je l&rsquo;ai rencontr\u00e9 chez Colette. Il me dit c&rsquo;est vous la fus\u00e9e : \u00ab\u00a0un suppo et au lit\u00a0\u00bb en\u00a0 \u00e9clatant de rire. Vous \u00eatre un provocateur et la transgression, c&rsquo;est la mode, et vous faites partie par le seul fait de ce texte de la mode.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\" data-blogger-escaped-style=\"text-align: justify;\">\n<p>Homme illustre avec tellement d&rsquo;humour qu&rsquo;il prit sa plume sergent Major et sur un bristol me gratifia d&rsquo;un petit remerciement manuscrit que je garde comme un tr\u00e9sor.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\" data-blogger-escaped-style=\"text-align: justify;\">\n<p>C&rsquo;est le dernier Seigneur. Karl \u00e9tait, comme cela, aussi g\u00e9n\u00e9reux que grin\u00e7ant mais il d\u00e9testait les gens ennuyeux. Il est vrai que j&rsquo;avais quelque chose que les autres n&rsquo;avaient pas : deux enfants allemands qui vivent en Allemagne, et qui faisaient de moi \u00e0 ses yeux le plus germanophone des fran\u00e7ais. Comme je n&rsquo;\u00e9tais pas invit\u00e9 par l&rsquo;agence de communication de Chanel, il me faisait inviter sous un nom d&#8217;emprunt pour continuer \u00e0 lire nos articles qui le faisaient bien rire. Voil\u00e0\u00a0 un geste d&rsquo;une \u00e9l\u00e9gance et d&rsquo;une grande intelligence de vue.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\" data-blogger-escaped-style=\"text-align: justify;\">\n<p>Cette ann\u00e9e voit partir, plus que de raison, des grands personnages qu&rsquo;on ne remplacera pas, et quand Sorbier partira, le plus tard possible, la mode sera d\u00e9finitivement orpheline de g\u00e9ants. Alors, pr\u00e9parez-vous \u00e0 vivre entour\u00e9 de nains c\u00e9phalo-abstinents. Quant \u00e0 moi, je resterai avec mes souvenirs de ces hommes qui, \u00e0 chaque visite, vous apprenaient tellement de choses. Homo sapiens, l&rsquo;homme du savoir qui dispara\u00eet chaque jour un peu plus, un retour au source vers \u00ab\u00a0l&rsquo;animalialand\u00a0\u00bb. Merci, Monsieur, vous \u00e9tiez l&rsquo;homme le plus \u00e9l\u00e9gant de la mode avec Jacques Mouclier.<\/p>\n<\/div>\n<div data-blogger-escaped-style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Anonymode<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il connaissait tout le monde et tout le monde semblait l\u2019aimer, on pouvait suivre son catogan comme la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2366,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1,24,23],"tags":[36],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leyaouanc.fr\/wordpress\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2365"}],"collection":[{"href":"https:\/\/leyaouanc.fr\/wordpress\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leyaouanc.fr\/wordpress\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leyaouanc.fr\/wordpress\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leyaouanc.fr\/wordpress\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2365"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/leyaouanc.fr\/wordpress\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2365\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2367,"href":"https:\/\/leyaouanc.fr\/wordpress\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2365\/revisions\/2367"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leyaouanc.fr\/wordpress\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2366"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leyaouanc.fr\/wordpress\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2365"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leyaouanc.fr\/wordpress\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2365"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leyaouanc.fr\/wordpress\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2365"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}